Bleu d’Auvergne

Bleu d’Auvergne, c’est d’abord le bleu de cette encre, trouvée au hasard dans le matériel d’un festival auquel je participais cet été en Allemagne, et que j’ai choisi, parmi d’autres outils conséquents ramenés ici, d’utiliser pour l’ensemble de ce projet.
Aussi légère que dense selon les niveaux, le type de papier et la façon de s’en emparer, elle m’a permis d’allier un travail monochrome où la lumière, les ombres et la composition m’offre toutes leurs subtilités, avec une couleur affirmée et unique sans que le reste de la palette ne semble manquer pour la compréhension de l’ensemble.
Ce jeu de mots, formulé presqu’aussitôt sous forme de plaisanterie avec le fromage d’ici, a rapidement trouvé d’autres significations dont je découvre chaque jour un peu plus l’étendue :
Le bleu royal de l’eau de Châteldon et des villes thermales alentours, le liquide originel nécessaire à la survie, le bleu de travail, le sfumato de Léonard de Vinci et ses paysages toscans dont on retrouve des similitudes dans la région, de l’ombre, de la pierre, la peur bleue intime, le bleu de l’infini, de la sérénité et la paix qu’il suscite, le bleu ou l’éternel recommencement, le bleu ciel qui occupe tout l’espace ici, le bleu des abysses, un certain blues personnel, les bleus des coups et blessures, une mélancolie sublimée par la création, une rhapsodie de Gerschwin, la mystérieuse heure bleue que j’affectionne depuis toujours, l’azur, la matière pure…
D’un projet initial au long cours mais difficile à appréhender ici pour raisons logistiques, en est né un autre, contrepied et fruit de ces limites, et dont le sens m’est apparu évident : rendre compte d’une expérience inédite et privilégiée dans un milieu inconnu dont je faisais avec étonnement et joie la découverte.

En Auvergne, la commune de Châteldon est reconnue pour son dynamisme et son engagement pour la culture au profit de tous. Monsieur le maire Tony Bernard et toute son équipe dont fait partie Pascale Pointard, élue à la culture qui est notament en charge de cette résidence, font un remarquable travail d’ouverture et de recherche en vue d’inviter une variété d’acteurs de la création (écrivain, musicien, artiste, metteur en scène…) à partager avec la population des projets et événements sensibles, critiques, drôles, exigeants, forts, auxquels ils n’auraient pas forcément accès de la même manière, permettant de développer une curiosité et des horizons différents, nécessaires à tout un chacun. La taille du bourg, inversement proportionnelle à ses actions, fait d’elle une sorte de laboratoire d’initiatives diverses et enthousiasmantes de la vie sociale, culturelle et associative. Châteldon accueille donc une fois par an et depuis l’année 2000 un.e auteur.e en résidence pour une durée de 1 à 3 mois, à l’Ancienne Pharmacie, magnifique demeure du XVe située en plein coeur de la commune. Celle-ci est mise à disposition par la Fondation Josée et René de Chambrun comme lieu d’accueil et d’exposition et a été pour moi, 18e heureuse résidente, un réel lieu de création et de vie à part. La DRAC Auvergne Rhônes-Alpes, que dirige Michel Prosic, assisté de Nicolas Douez, m’a accordé cette année une bourse de création de 3 mois et je leur en suis sincèrement reconnaissante. La question financière dans un travail d’artiste est centrale. Ce type d’aide est un véritable soutien, car elle permet de se consacrer pleinement à son travail, sans se soucier pendant cette période d’autre chose que du projet à réaliser et non d’en chercher de nouveaux pour garantir l’équilibre. En contrepartie, nous produisons de nouvelles oeuvres et offrons de partager notre expérience au travers d’interventions. C’était le cas à la médiathèque de Puy-Guillaume où j’ai pu rencontrer et animer des ateliers avec plusieurs classes autour du voyage, paysages rêvés et réels. De même avec l’ensemble de l’école George Sand de Châteldon avec qui nous avons refléchi et travaillé autour de l’empathie (label Unesco attribué à l’école), de la musique et de l’Opéra.